Produits des coopératives zapatistes (artisanat et café zapatistes)

Compte rendu de la visite de deux compagnons aux coopératives de café

D’octobre 2008 à mars 2009, deux membres de l’association se sont rendus au Chiapas pour travailler sur des projets de solidarité (ateliers de peintures, ateliers de capacitation dentaire, projections vidéo) avec les communautés zapatistes.

Cette présence continue nous a également permis de rencontrer à plusieurs reprises les coopératives de café Ssit Lequil Lum et Yachil et de suivre les différentes étapes du processus d’exportation du café.

Nous nous sommes notamment rendus à plusieurs reprises dans des communautés de la coopérative Ssit Lequil Lum et avons eu des entretiens avec les directions des deux coopératives.

Les visites à la coopérative Ssit Lequil Lum

Située dans la zone nord du Chiapas, près de la frontière avec l’État du Tabasco, son siège est dans la ville de Yajalón. Elle comprend 425 producteurs répartis dans cinq communes du caracol[1] zapatiste de Roberto Barrios : Akabalna, Benito Juárez, La Paz, Ruben Jaramillo et Dignidad.

Tous les membres de la coopérative travaillent leurs parcelles de manière biologique, sans ajout de fertilisants chimiques. Si la coopérative rejette toutes les certifications (les organismes de contrôle sont liés au gouvernement et imposent des normes sans concertations et souvent déconnectées de la réalité locale), elle a mis en place un processus d’auto-certification. Les membres de la coopérative, les anciens des villages, les promoteurs zapatistes d’agro-écologie se sont réunis pour définir les règles que doit suivre chaque producteur, que cela soit dans le travail de la parcelle ou de la sélection et du séchage des grains après la récolte. Le suivi de ces règles, vérifié par les promoteurs d’agro-écologie, doit déboucher sur un certificat qui sera remis par la Junta zapatiste de Roberto Barrios, seules autorités reconnues par ces communautés qui luttent pour leur autonomie et leur autogestion.

Depuis que les producteurs sont passés à un mode de production organique, ils nous disent avoir vu de nombreuses retombées positives en comparaison de ceux continuant à utiliser des engrais chimiques. La première est déjà d’avoir réduit la dépendance financière générée par l’achat des pesticides. La seconde est que le travail fait pour avoir un humus aussi riche que possible et donc de diversifier les arbres poussant autour des plants de café a permis de développer des cultures d’auto-subsistance, de nombreuses plantes comestibles ayant été semées. Les plants de café coexistent ainsi avec des bananiers, des manguiers, des orangers, des mandariniers, des flor de chile, des hoya blanches dont la racine se mange. L’engrais vient donc de la diversité des plantes et arbres entourant les plants de café, à laquelle s’ajoutent des bouses de vache et la cascara, la pellicule entourant les grains de café et retirée juste après la récolte dans des machines appelées despulpadoras.

Par ailleurs lorsque des caféiers sont plantés, les membres de la coopérative n’utilisent que des grains venant de leur parcelle afin d’être sûrs qu’ils s’agissent de variétés adaptées au sol. Solution sage quand on voit ce qui est arrivé à leurs voisins de la communauté d’El Calvario (commune Ruben Jaramillo) suivant les programmes gouvernementaux. Un de ces programmes proposait de leur fournir gratuitement des plants de café et des fertilisants. Inadaptés à la région, les plants de café sont morts et la terre a été rendue infertile par tous les produits chimiques utilisés. Ces paysans sont réduits à dépendre d’aide gouvernementale pour survivre. Ainsi, alors qu’au début les producteurs zapatistes se convertissant à l’organique étaient souvent moqués, ils sont maintenant vus d’un œil beaucoup plus positif, leur mode d’organisation et de production se révélant plus efficace que ceux des paysans restés dans le giron gouvernemental.

[1]Au nombre de cinq, les caracoles zapatistes sont des centres administratifs mis en place par les zapatistes en 2003. Ils abritent les Juntas de Buen Gobierno ou Conseils de bon gouvernement, autorités zapatistes élues en assemblées générales et fréquemment renouvelées pour éviter que certains ne s’habituent au pouvoir.

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Les différentes étapes des plantations de café au cours de l’année sont :

  • - février à avril : taille des caféiers ;
  • - avril/mai : nettoyage des sols, mise de compost, taille des arbres assurant l’ombre des caféiers ;
  • - juillet/août : plantation des caféiers dans les parcelles qui le nécessitent ;
  • - octobre/novembre : nouveau nettoyage des sols ;
  • - novembre/février : récolte du café, dépulpage des grains de café et séchage. Remise à la coopérative qui fait trier les grains dans une entreprise (maquilación) avant de procéder à l’exportation.

Pour voir des photos des différentes étapes de l’exportation du café :

Logo Album récolte

De la récolte à l'exportation : le parcours du café de la coopérative Ssit Lequil Lum (2009)

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Les rencontres avec les directions des coopératives Ssit Lequil Lum et Yachil

Nous avons rencontré à plusieurs reprises entre octobre et mars les directions des deux coopératives pour discuter de leur situation cette année, de comment s’annonçait la récolte et suivre celle-ci.

Nous avons d’abord discuté au mois d’octobre avec les deux coopératives du prix qu’elles souhaitaient pour cette année. Nous nous sommes d’abord entendus pour changer la monnaie dans laquelle était rédigée les contrats. En effet jusque-là le prix était en dollars par livre (une livre représentant 0,454 kg), manière de compter peu claire pour nous et pour les producteurs, nécessitant de sortir la calculette pour savoir le prix en pesos par kilo, et obligeant à deux changes de monnaie : euro/dollar et dollar/pesos. Les contrats sont maintenant rédigés en euro/kilo.

Le prix cette année a été fixé à 2,8 euros le kilo de café de grains verts. Les producteurs étant assez inquiets des fortes variations des taux de change et de la crise internationale, il y a été ajouté une clause indiquant qu’au final, quelque soit le taux de change, la coopérative ne recevrait pas moins de 48 pesos par kilo. Il s’avère que l’euro s’étant apprécié face aux pesos, les producteurs vont recevoir aux alentours de 50 pesos le kilo. (Eh oui, même en essayant de s’affranchir de la logique commerciale, on ne peut échapper complètement au monde de l’argent).

Une des questions très importantes pour les coopératives est celle du pré-paiement dont elles ont besoin le plus tôt possible. La récolte commence en effet au mois d’octobre et les coyotes, les intermédiaires des grandes multinationales, exercent une forte pression proposant d’acheter - même si c’est à un prix plus bas - le café comptant en venant le chercher dans chaque village. Solution souvent plus simple et plus rapide pour les paysans qui ont un besoin crucial de cet argent, le café étant généralement le seul produit vendu, il permet d’acheter ce qu’ils ne produisent pas. D’autres produits qui pourraient être vendus comme les oranges ne le sont pas. Le prix proposé sur les marchés étant tellement bas que les paysans ne se donnent pas la peine le plus souvent de les récolter.

Nous essaierons donc cette année d’avancer au maximum la souscription. Et plutôt que de verser en une seule fois le pré-paiement en décembre comme nous le faisions, d’envoyer celui-ci au fur et à mesure des souscriptions que nous recevrons.

La récolte cette année a été supérieure à celle de l’an dernier. Yachil est en mesure d’exporter six containers au lieu de cinq, Ssit Lequil Lum trois et demi au lieu de trois.

Les deux coopératives ont exporté le café début avril. Celui de Ssit Lequil Lum est arrivé en France le 1er mai et celui de Yachil le 8 mai. Ils seront disponibles à partir de la mi-juin 2009.

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